Un certain -incertain- tour du monde

CATMAT / Racines II, 13/22-08-2000


Fleur de pavé et de caillasses


On est tous des batards
Le coeur en grand écart
On est tous des batards
Le coeur en grand écart

A toi dont jamais rien ne cède
Entre la Cité et le Bled

A toi, le mouillé des algues
Ou le rugueux du trottoir

Et moi,
Fleur de pavé
Et de caillasses

Bat, Paris bat,
Paris bat comme un coeur du monde
Port échoué ouvert à la ronde
Transit migratoire
Et camp giratoire
Des nomades où jeter l'encre
Complice,
Le manteau de la nuit glisse sur mes épaules,
M'épaule,
Mais les petits matins parisiens encrassent nos turbines
Mes poumons cavalent en ventoline
Le vent des Faubourgs n'y suffit plus,
Fleur de pavé

Fleur de pavé
Et de caillasses

L'odeur de la montagne sèche
Ses plateaux d'herbe rêche
Thym, sariette et lavande sauvage
Taches dans la pierre-paysage
Comme poussée d'une terre sans eau
Qui me tient raide le long du dos
Debout
Prête à tomber du trop de jaune
Jaune la terre et la lumière
Jaune et chaude
Froide
Froide ma peau du vent du Nord
Qui dévale - Mistral
Bleu: un ciel bleu à prendre la mer
Une mer si loin que nul ne sait
Mettre les voiles
Dans le "Serpent d'étoiles" (*)
Un peu plus bas, les vagues de lavande des champs cultivés roulent toujours sur les collines

Fleur
De pavé
Et de caillasses
L'âpre suin du troupeau
Manque, là, au coin du tableau
Vendu, perdu dans le temps
Et le geste des Anciens

On est tous des batards
Le coeur en grand écart
Ces racines qui nous étirent
Entre partir et choisir
Des pays que l'on rêve
Des pays où l'on vit
Des pays évanouis

On est tous des batards
Le coeur en grand écart
Viens,
Viens et raconte-moi
Les pays qui TE déchirent


(*) "Le serpent d'étoiles" Jean Giono, roman magik & poétik, en livre de poche