Les mots du Pouvoir

CATMAT / 28.01.16

Spectacle "Langue de Bois et Belles Paroles"

Novlangue


Dans les salons douillets des Thinks Thanks
Se construit la pérennité d'une société d’omnipotence financière
A pas feutrés s'élabore depuis quelques années
Une langue pour modeler notre pensée.
Ou plutôt la faire cesser.
Une novlangue pour essorer nos luttes,
Fataliser l'économie de marché
Victimiser les possédants
Et culpabiliser les opprimés.

D'ailleurs, il n'y a plus d'opprimés, ni d'exploités
Dans notre Meilleur des monde il n'y a que des exclus
Et la domination disparaît puisqu'elle n'est plus nommée
Miraculeusement exploiteurs et oppresseurs s'évanouissent
Car l'exclu se doit de chercher en lui même les raisons de son exclusion

Pléthores d’oxymores :
Mesdames et messieurs : La croissance est négative, vous vous souvenez ?
La croissance est négative
Et l'esprit gavé de moulinette à décérébrer n'en retient que la
courbe ascendante
Tout est affaire de langage !

Les faits divers titrent :
Une femme se fait violer,  « se fait », pour démontrer sa part de responsabilité active dans ce qui lui arrive ?...
Ils n’écrivent pas : Une femme est battue ou un homme viole sa femme, ce qui supposerait trop précisément, peut-être, la présence d’un agresseur avéré!







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Les mots s'écoulent dans la bouche des journalistes et des économistes,
Les communicants font la leçon aux politiques qui nous parlent de manque de pédagogie dans l’explication d’une réforme
Quand le peuple descend dans la rue pour la condamner
Les conflits disparaissent et l'inertie gagne du terrain
Les privilégiés sont fonctionnaires et les maltraités sont actionnaires

Nous faire prendre des vessies pour des lanternes,
Des actes d'écrasement pour des libérations salvatrices.
Sucer le sens des mots jusqu'à les vider de toute substance contestataire et révolutionnaire
Et nous courbons le dos sous ce joug volontaire
Acceptant cet alliage d’indifférence et de mépris :
De travailleurs nous voici devenus déchets de morceaux de viande quand il s’agit de dégraisser une entreprise
Mais voyons,
Il n’y a plus de licenciements seulement des plans de retour à l’emploi
Et nous la distinguons bien la vessie pourtant !
Mais à force de le dire, de l’entendre et de faire semblant d’y croire : on fini par la voir, la lanterne ! Et par l’avaler !

La langue de bois et l'univers marchand se glisse dans tous les interstices de nos activités
Chacun devient un petit entrepreneur de soi-même :
On gère sa vie, une situation.
On vend une idée quand on essaye de convaincre.
On investit dans un téléphone portable !
Diminuer le domaine de nos pensées par une action concertée de mots choisis,  tournés, détournés et par tous acceptés.

« Les mots il suffit qu'on les aime pour écrire un poème »
écrivait Raymond Queneau

Je me sens flouée.
Dans la nature même de mon identité
La langue est pour moi un chant de liberté qui circule à travers les barreaux des prisons
Et survie à l'assassinat de l’insurgé.
Les mots libèrent ces sentiments meurtris enfouis de force ou endormis par l'habitude, le manque d'espace de parole et de pensée.
Les mots sont ce qui me font être et vivre, survivre à la mort des gens que j'aime
Ils sont l'essence de nos combats, de nos caresses et de nos souvenirs
Ils sont la musique qui nous relie et défie notre entendement
La langue est un chant de révolté