Le bon côté des choses

CATMAT / 10.06.10


Jardins ouvriers


J’ai vu à Villetaneuse, sans y vivre, verdoyants volumes comestibles, irrésistibles carrés jardinage ; je pars en voyage dans des bosquets et plates-bandes bien alignées, espace de liberté pour l’ouvrier, l’employé, le fauché qui s’aliment ainsi aux sources de la terre, le corps et l’esprit tout entier s’y nourrit d’une sève de vie et de l’eau et de l’air, le soleil sur les épaules et la tête dans les nuages.

Le nez à travers les mailles du grillage, je renifle et fouille à la recherche de l’inspiration horticole. J’ausculte, compare : qui plante quoi, comment ? Caracolant d’un terrain clôt tomates et haricots au petit parc roses et cerises, j’avise coin d’herbes et chaise longue, imagine l’étincelle du retraité, les fins de journées fatiguées d’une activité mal rémunérée et chèrement payée, ou : ployé, vidé sous l’absence de.

A cette heure de la journée, personne ; je m’interroge : bêche ou grelinette ? Ici, pancarte pour achat composteur en partage ; bon signe. Vers de terre et autres micro-organismes voient leurs compétences reconnues, appréciées, peut-être même chaudement remerciées par le jardinier partisan du moindre effort, allié de la nature qui sait les richesses d’une terre qu’on écoute.

J’entends la rumeur des savoir-faire échangés s’écoulant d’une parcelle à l’autre, le troc de plants, fleurs et légumes, purin d’ortie contre coussoube ; les rires et visages reposés dans un pique-nique partagé.