A hauteur de grenouille

CATMAT / 23.01.14

Un jardin au Perray : la Mare


Je suis la marre au fond du jardin
Connue seulement de quelques gamins
Tremper les pieds les mains
La vase entre les orteils
Les têtards en déroute
Je glougloute sereinement dans les hautes herbes.Je suis l’eau qui ruisselle
Et le filtre qui la nettoie
Zone humide pour pluie acide, azote et autre surcharges inutiles et nuisibles des champs cultivés productivité d’à côté.Je m’assoupie depuis quelques années.
Les enfants ont grandi
Ils ont perdu le goût du paradis.
J’entends les ronflements des tracteurs, sulfateuses ou moissonneuses et quand le vent l’emporte, les moteurs de la nationale 10.
Grenouilles, crapauds à la saison des amours, un couple de canard, j’ai même eu la visite d’un héron cendré.
Je m’assèche de plus en plus en été
Et déborde d’autant à l’automne et au printemps.
Je suis la pluie qui me nourrit.Cet hiver, c’est le père qui m’a fait visite.
Je l’avais oublié cet humain là.
Il était tout surpris lui aussi de me découvrir ici.
Je suis sure que je suis la source de son inspiration même si l’idée peut-être flottait déjà dans son cerveau.
Il m’a sondé, proprement mesuré, estimant m3 et rendement.
Enfin « rendement », le terme est dur, connoté salement pour l’irrigation raisonnée d’un jardin partagé.
Ils sont venus un matin de printemps,
Je m’étais faite brume légère.
Il y a eu bruits de bêche et de rire, raffut joyeux et jurons de maladroits.
Une faux m’a dégagé un chemin de vue,
Je remplie des seaux à bon escient, arrosant les sillons de plantes naissantes.
De mes averses, je gorge la terre profonde qu’ils paillent au-dessus de la croute ameublit  pour me garder tout l’été