Grenouille !

CATMAT / Juin 91
 


C
hanson guerrière


Deux monstres de pierre dominent le cours de ma vie,

Deux monstres d'orgueil installés en jalousie

Du fond de mon tombeau, là, je les regarde ;
Et confinée dans cette lumière blâfarde,
Je maudis la peur de n'oser le meurtre en face

Je hurle, clapotis, l'envie de ma juste place
Je vomis cette lâcheté abjecte et répugnante
Des tas et des tas de gros vers blancs, masse grouillante
Qui creuse dans mon corps prisonnier mille canaux
Et mon âme, rongée comme autant de morceaux,
Se lamente et se répend, pleine de complaisance
Pour celle qui se résigne à la fosse d'aisance

Telle un puceron brandissant sa médiocrité,
Elle rêve, l'ouïe aux aguets!, au jour de détrôner

Vas, cherches un rasoir pour tes yeux paupières baissées,
Tranches au-dedans, nies à jamais réalité...

Mais, tu frémis. Voudrais-tu vivre infâme gargouille ?
Peur de la mort ou bien révolte ? 

Lèves-toi grenouille !