A la Georges Perec

CATMAT / 09.01.16


Tentative d'épuisement du Kameleon,
café rambolitain...

 

Les verticales :
Un homme de dos debout au milieu des bouteilles debout regardant sa tablette posée debout en attendant le client
Alignement de lanternes oranges pales délavées suspendues au dessus du comptoir du bar.
Posé sur celui ci, très exactement au milieu entre les 3ème  et 4ème  lampions en partant de la gauche, un portant à saucissons qui pendent à leur ficelle. Il y en a au moins 2 sortes. Peut être du chorizo. Juste derrière par rapport à la salle, la fontaine à bières se dresse en forme de T majuscule. 6 choix. Celui de gauche est caché par le porte saucisson; je dois me pencher vers la droite pour le voir.

Mouvements :
1, 2, 3 puis 4 clients entrent : 1 s'installe au bar pour boire, une femme et sa fille, jeune et aux cheveux longs, achètent des cigarettes. La femme s'en va, la petite fille reste. Elle était en fait avec le 4eme personnage, un homme chauve pas très vieux qui est également venu pour du tabac. Pas vu avant, il regardait les jeux à gratter en tournant le dos au comptoir.
Encore une femme, jeune, blonde crantée mais pas très sophistiquée fait une entrée passe pour des clops et repart.
L'homme qui boit parle au barman.
Celui ci part dans l'arrière cuisine et disparaît de ma vue.
Encore une femme et une petite fille pour les cigarettes, le serveur revient.
Un autre homme, grand et jeune rentre. Il pose à sa droite sur le comptoir un sac de pomme de terre en plastique bleu, me semble t - il dans la lumière orangée, et s'accoude.
Discussion avec le premier buveur, petite soixantaine dégarnie.
Le barman est apparemment un pote au jeune, discussion animée que je n'entends pas à cause d'une musique pas désagréable mais beaucoup trop forte.
Alignés de chaque côté de 3 tables accolées, les écrivains et écrivaines, dont je suis, manient stylos ou tablette en observant ce qui les entoure selon leur point de vue dans une tentative d'épuisement du Kameleon.
L'homme grand se retourne et vient vers nous. Il n'est pas si jeune que ça finalement. Il nous regarde un moment l'air perturbé. Hésitant aussi. Il s'essaie : " Je vous regarde depuis tout à l'heure, vous avez l'air morose à cette table, vous ne parlez pas".
Nous sourions. "C'est parce que nous écrivons".
"??!!"
"C'est un atelier d'écriture, et on s'amuse beaucoup."
"Ohlala, j'ai connu ça,  Bac+3, c'est fini tout ça"
Nous, sourires.
" Vous êtes si calme à cette table, ça fait bizarre"
" Nous sommes vraiment désolés de vous déranger avec notre calme".
Rires gentils chez nous, déroute désarmée chez lui. Chacun retourne à son occupation, lui boire et discuter avec ses potes au bar, nous à notre écriture,  concentrés et souriants.