Femme dans la Ville #2

CATMAT / 02.02.13


D
élire
Urbain


Le sein vaillant, libre et virevoltant
Elle s’élance à l’assaut de la façade fade et blême
Du quartier général de la haute finance de la maison France.
Chapeau à résille et corde en rappel
Elle escalade et trace la route pour celles qui :
Talons trébuchent
Et faire la cruche
Cacher l’audace et la finesse
L’intelligence reste au vestiaire.
Un bestiaire de têtes ébahies, lubriques, colères despotiques ou peur du vide
Se lève de la cours et des salles
Dans un bruit de chaises renversées et de pavés piétinés.
Des hommes s’évanouissent,
Des prêtres défroquent
Quand d’autres à genoux prient en transpirant abondamment.
La statue du cavalier se rue au galop
Vers les plates-bandes de dahlias au cordeau,
Eclatant en passant quelques crânes chauves et luisants.
La fille grimpe,
Et les vitres s’effacent sur son passage
Comme un hommage à son courage se rapportant à son plumage,
Les muscles saillants sur ses cuisses écartelées par l’escalade.
Dans la salle d’honneur les invités encravatés s’accrochent aux lustres
Pour ne pas être empotés par le vent de panique
Tandis que le coursier pleure tout bas
En pensant à celle qu’il ne pourra cogner ce soir.
Les moustaches et les certitudes tombent.
Une femme de ménage égarée dans les étages sort de son placard refuge
Et, arrachant la perruque du Directeur financier de l’Institut,
Brandit son scalp à la fenêtre comme on immole sa servitude.
Des égouts sortent les femmes ruisselantes, enragées
De conquérir l’espace public en gestes larges et paroles fortes.
Sur le sommet de l’édifice
La fille enchapeautée et le sein triomphant
Plante le dernier piton de notre liberté révélée.