La mienne avait une tête, quoique...

CATMAT / 2003


Barbie paradoxale


Un matin, Banbine chez ses grands parents trouve à la fenêtre une étonnante poupée, représentation d’une pleine maturité.
Barbie : figure inconnue chez la fillette non encore scolarisée et préservée des pubs à la  télé.
Un père trop souvent absent lui laisse au passage cet étrange présent.
Sans ressembler à sa maman, les formes pleines l’interrogent et elle pressent un troublant cheminement.
A peine effleurée, habillée, sa belle poupée blonde lui est ravit, 2 jeunes garçons se l’approprient en dessinant des poils de pubis et c’est d’une violence symbolique inouïe.
Ce corps de femmes dans lequel elle a à peine eu le temps de se projeter, déjà ne lui appartient plus.
Quand on laisse les enfants s’amuser, libérer leurs pulsions intimes, émanations très cérébrales, toujours viscérales ; innées ou acquises, les relations déjà s’installent.
Mais ne vous y trompez pas, les choses se côtoient : dans la tête de l’enfant aux boucles emmêlées résonnent les cris de ses parents la nuit, entre dispute et coït, la différence fuit.
A 6 ou 8 ans elle amoureuse innocente d’1, 2, 3 p’tits mecs d’école.
Barbie en herbe s’invente couchée dans les foins nue, chevauchée, labourée par un de ces p’tits mâles, comme les duos frénétiques de chiens, chats, vaches et taureaux qu’elle croisent chaque jour dans les champs.
Barbie des villes rêve devant les magazines, dans les vitrines, rondes poitrines et couples enlacées ; elle imagine des baisers voraces.
Scènes obscènes primitives aux accents salaces, fantasmes précoces ; supporterait-elle-même qu’on lui touche plus loin que le bout des doigts ?
Laissez de côté les histoires de morales, mais recherchez le fil du respect dans des gestes, des émotions qui parfois frôlent le goût de faire, d’avoir mal !
Toi et moi, hommes ou femmes, toute notre vie on vise à démêler en nous les Barbies paradoxales, entre images cérébrales et relations qui vraiment s’installent